Guillaume FOURNIER LAROQUE, notre ostréiculteur

Ce troisième épisode des interviews de producteurs est consacré à Guillaume FOURNIER LAROQUE, notre ostréiculteur.

Vous aurez l’occasion de le rencontrer le 9 février autour d’une dégustation d’huîtres et de vin nature.

En attendant, la lecture de ces quelques lignes vous en diront plus sur son parcours, les étapes de l’élevage d’une huître et en quoi il se distingue des autres ostréiculteurs. Nous avons aussi parlé de la crise qui a ébranlé les producteurs du Bassin d’Arcachon en début d’année et ses conséquences. C’est dans ce genre de situation que le soutien des amapiens est essentiel. Pour terminer, nous avons parlé des techniques d’élevage des huîtres et de leur impact environnemental, point sur lequel Guillaume se démarque particulièrement.

Bonne lecture et bonne dégustation !

Hervé

Guillaume, explique-nous comment tu es devenu ostréiculteur.

J’ai grandi sur la Bassin et j’ai toujours baigné dans ce milieu. Même si mes parents n’étaient pas ostréiculteurs, mes premiers jobs étaient dans l’huître. Pourtant j’ai démarré ma carrière dans l’électricité industrielle, mais j’ai vite bifurqué vers un bac pro « cultures marines » puis comme salarié dans une exploitation ostréicole pendant 5 ou 6 ans. Ensuite je me suis mis à mon compte en rachetant une exploitation. C’était il y a 15 ans.

A quoi ressemble ton exploitation aujourd’hui ?

J’ai 2 ha de parcs, principalement à l’Île aux Oiseaux, au Grand Banc, au Cap Ferret devant la plage des Américains et au Banc d’Arguin.

Notre point fort est notre cabane dans le village ostréicole de l’Herbe. C’est un très beau village, très touristique en saison, et nous avons aménagé une belle terrasse en bord de mer. Ça nous permet de vendre une bonne part de nos huîtres sur place, en dégustation, et donc de bien valoriser notre travail.

Je suis associé avec ma femme. Elle s’occupe surtout de la dégustation et moi de la production en hiver. En été, la dégustation nous occupe tous les deux à plein temps. Nous avons aussi deux salariés à l’année qui s’occupent exclusivement des huîtres. Nous maîtrisons la production de la naissance à l’assiette !

Nous avons un bateau (une plate), et dans notre cabane il y a un atelier pour trier les huîtres.

Nous produisons 60 tonnes d’huîtres par an. Pour vous donner une idée, les plus gros producteurs font plus de 250 tonnes par an. Nous sommes donc une petite exploitation. Il faut dire que notre facteur limitant c’est la place à terre pour travailler les huîtres. On ne peut pas vraiment produire plus que ça !

En complément de la dégustation à la cabane, nous faisons de la vente à emporter, de la vente directe avec livraison sur Bordeaux et des AMAP.

Pourquoi t’es-tu engagé dans des AMAP ?

J’ai cherché à diversifier mes circuits de commercialisation parce qu’on n’a pas le droit de faire que de la dégustation. J’ai essayé les marchés, mais j’ai arrêté parce que ça prend beaucoup de temps, c’est irrégulier, il faut des années pour se faire une clientèle, surtout que je ne viens pas en été. Alors j’ai démarché beaucoup d’AMAP en priorisant celles qui distribuent le jeudi et le vendredi : l’huître est surtout consommée le weekend ! J’ai bien aimé rencontrer les adhérents et les producteurs. Et puis c’est confortable pour nous d’avoir des commandes à l’avance. On peut prévoir et il n’y a pas de pertes.

On travaille avec 4 AMAP mais Bio’Gustin est la seule qui marche bien tout l’hiver. Dans les autres AMAP, nous ne venons plus que pour les fêtes. 

On sort tout juste d’une période de crise pour l’huître d’Arcachon, avec une forte couverture médiatique. Peux-tu nous en dire plus ?

C’est une grosse crise en effet. La vente a été interdite depuis fin décembre jusqu’au 18 janvier. Les fêtes de fin d’année c’est 30 % du chiffre d’affaires dans notre métier ! La vente est à nouveau autorisée mais le tapage médiatique va nous porter préjudice pendant encore longtemps. L’impact sur la vente à emporter va être fort. J’espère que la dégustation à la cabane se passera bien l’été prochain.

Le problème vient du manque d’entretien des réseaux d’assainissement des eaux usées. La population a beaucoup augmenté sur le Bassin mais les investissements dans les réseaux n’ont pas suivi. Les très fortes pluies de cet automne ont saturé les réseaux. On rencontre le même problème en Normandie, au Mont Saint-Michel, en Bretagne Sud, à Hossegor, à Marennes… Mais les médias ont beaucoup parlé du Bassin.

Du coup on est en colère avec les collègues. Ça fait des années qu’on signale le problème du manque d’investissement dans les réseaux mais l’état ne fait rien. Le côté positif de cette crise c’est qu’on va sûrement être entendus cette fois-ci. Le syndicat se bat pour faire bouger les choses. On organise des manifs, on a même porté plainte contre la SIBA (Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon). J’ai bon espoir que notre mobilisation porte ses fruits.

On entend dire que les huîtres ont un mauvais bilan carbone. Peux-tu nous éclairer sur ce sujet ?

Tout dépend de la façon de travailler. Imaginez un gros producteur en Bretagne ou en Normandie par exemple. Ce sont des régions où on ne peut pas capter les naissains, l’huître n’étant pas naturellement présente. Il doit donc acheter de jeunes huîtres qui sont nées sur le Bassin d’Arcachon puis transportées en camion. Si en plus les sites d’élevage et d’engraissement sont distants, les huîtres vont faire le voyage en camion. Imaginez qu’elles partent ensuite sur Rungis pour être expédiées à l’autre bout de la France, ajoutez à ça 5 ou 6 jours de frigo, et vous avez un bilan carbone très mauvais.

Moi, je gère tout le cycle, de la naissance à l’assiette. Le seul transport, c’est quand je vous livre à Bordeaux. Je fais même attention à regrouper les livraisons. Et mes huîtres ne passent pas par le frigo. Je les sors du vivier au dernier moment.

Il faut savoir qu’il y a trois types d’ostréiculteurs : ceux qui vont, comme moi, de la naissance à l’assiette, ceux qui vont de la naissance au demi-élevage pour vendre ensuite les jeunes huîtres à ceux qui vont du demi-élevage à l’assiette.

On trouve même des huîtres nées sur le Bassin, qui sont élevées en Normandie ou en Bretagne et qui reviennent sur le Bassin pour finir leur élevage. Là on marche sur la tête !

Personnellement je trouve tes huîtres très bonnes. Pourtant je pensais que toutes les huîtres élevées au même endroit étaient identiques. Qu’est-ce qui fait la différence dans ton travail ?

Plus on travaille une huître et mieux elle grandit. Il faut la stimuler, surtout quand elle est jeune : on la ramène à l’atelier, on la trie, puis on la remet au parc 3 à 4 fois par an pendant 3 ans. Et puis il faut aussi savoir choisir le meilleur parc pour la remettre à l’eau : selon la saison, et le stade d’évolution de l’huître, quand on connaît bien le bassin, ses courants, la salinité de l’eau, etc., on choisit la zone. Par exemple le dernier stade, l’engraissement, se fait en principe au banc d’Arguin. L’eau y est plus riche en nourriture, les huîtres « prennent du coffre » (elles se remplissent bien de chair). En conclusion, il faut les mettre au bon endroit au bon moment, sachant que l’huître se nourrit de phytoplancton. Sa présence dans l’eau varie en fonction de la salinité et de la luminosité. C’est pour ça qu’on a deux pics de croissance : un au printemps, et l’autre à l’automne.

L’huître, c’est comme le vin : avec un même terroir, deux vignerons vont faire des vins plus ou moins bons. C’est leur façon de travailler qui fait la différence.

Si j’avais choisi de vendre mes huîtres en grande surface par exemple, j’aurais énormément simplifié le travail : je n’aurais pas capté les naissains mais j’aurais acheté des jeunes huîtres de 6 ou 9 mois ; j’aurais fait moins de tri et les huîtres seraient restées au même endroit, quelle que soit la saison ; je ne m’embêterais pas à les engraisser à Arguin. J’aurais ainsi produit de grosses quantités d’huîtres avec un coût de production très faible, mais elle auraient été vides et moins bonnes ! Moi j’ai fait le choix de vendre en direct une huître qui est bonne et charnue.

Patrice Pouget, Bio Chemins

Patrice, lors de la dernière distribution à Bio’Gustin, le 22 décembre dernier.

Ce deuxième épisode des interviews de producteurs est consacré à Patrice Pouget, notre maraicher fidèle au poste depuis la création de Bio’Gustin en 2012. 

Je le connais bien puisque j’ai adhéré au contrat légumes dès le début et participé à pas mal de chantiers participatifs. Mais surtout parce qu’il m’a pris sous son aile pour effectuer le stage de découverte du monde agricole qui aura été la première étape de ma reconversion pro.

Dans cet interview, nous sommes revenus rapidement sur son parcours pour ensuite nous attarder sur sa vision de l’agriculture biologique et ses motivations à en devenir un des pionniers dès les années 80. Enfin, nous parlons des AMAP en général et de Bio’Gustin en particulier.

La lecture de ces quelques lignes devraient vous permettre de mieux connaître ce paysan engagé, ses convictions fortes et ses motivations.

Hervé

Patrice, peux-tu nous résumer ton parcours professionnel ?

Après avoir grandi dans une famille paysanne, j’ai fait des études de Génie Civil et Bâtiment dans le but de ne pas travailler à la ferme ! Mais après un début de carrière dans l’industrie, un voyage de 2 ans en Afrique occidentale m’a bouleversé . J’y ai vécu parmi les habitants vivant avec la nature environnante.

A mon retour en France, le contraste a été sévère… Je suis rapidement revenu dans le monde agricole pour rejoindre un élevage bovin bio avec un ami. Puis j’ai suivi une formation en maraichage près de Lyon où j’ai participé à la création d’un jardin collectif et associatif : Côté Jardin. Cette asso, précurseur des AMAP actuelles, m’a ensuite salarié comme maraîcher. 

Après 5 ans, je suis revenu dans ma Charente natale pour m’installer en maraîchage. D’abord seul, sur 1 ha seulement. Puis la ferme a grossi, des associés sont venus, puis repartis. 

Aujourd’hui, Bio Chemins c’est 5 ha de maraichage bio, 6 équivalents temps complets dont moi-même, 2 salariés en CDI, Marie-Christine à mi-temps et des saisonniers.

Maintenant, l’heure de la retraite approche pour Marie-Christine et moi. Bénédicte, qui a le projet de reprendre Bio Chemins, est en train de finir son parcours de formation. Nous sommes dans la période de parrainage (on parle de tuilage en agriculture) depuis juin dernier et pour quelques mois encore. La fourniture de paniers à Bio’Gustin va donc continuer

Comment as-tu vu l’Agriculture Biologique évoluer au cours de ta carrière ?

Ma première expérience, en élevage bovin Bio, a démarré en 1984. A l’époque, la bio est très marginale. Elle n’est pas vraiment structurée, ce sont surtout des groupes de paysans qui s’organisent localement pour faire évoluer leurs pratiques. C’était une activité militante en réaction à l’essor de l’agriculture industrielle qui se fait à grands renforts de produits chimiques. Et c’était une aventure collective aussi. J’ai moi-même adhéré au GAB 17 (Groupement d’Agriculture Biologique de Charente-Maritime) à mes débuts. J’ai vu apparaître le cahier des charges du bio français, très inspiré à l’époque par celui de Nature & Progrès et donc ECOCERT, le premier organisme certificateur. Les premières Biocoop aussi. 

Avec l’apparition du premier cahier des charges européen en 1991, des financements européens vont permettre à la filière bio de se structurer. Une fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB), des fédérations régionales (FRAB), les premiers salariés qui soulagent le bénévolat des agriculteurs, etc… 

Aujourd’hui, ces structures départementales et régionales sont de véritables outils de développement.

Plus récemment, j’ai vu le moment où la demande en bio est devenue suffisamment importante pour intéresser l’agroindustrie et la grande distribution. Ils ont alors su faire pression pour assouplir le cahier des charges et l’adapter à leur logique de productivité et d’économies d’échelles. Beaucoup d’agriculteurs ont été attirés par les opportunités d’un marché dynamique, sans adhérer aux valeurs qui ont fondé la bio.

Justement, peux-tu nous décrire ta vision de l’évolution du marché de la Bio ?

Pour moi, c’est la crise de la vache folle qui a donné une première grosse impulsion, à la fin des années 90. Les consommateurs ont recherché plus de produits sains et naturels. La bio était une alternative à la logique folle de l’agroindustrie qui apparaissait alors clairement au grand jour.

Le COVID a aussi été un temps fort. Le petit marché qu’on organise à la ferme le samedi a vu des files d’attente incroyables à cette époque. Mais cette page là s’est vite tournée. L’industrie a su créer tout un tas de labels pour embrouiller les consommateurs : agriculture raisonnée, sans résidu de pesticides, et surtout le HVE ! Et puis l’inflation est venue se greffer là-dessus. 

D’ailleurs, les produits bio ont moins subi l’inflation que l’agriculture dite conventionnelle. Mais pourtant, le marché de la bio a bien ralenti alors que le nombre de conversions et d’installations en bio a été très important au cours des années précédentes. La filière bio est clairement en difficultés aujourd’hui.

Pourquoi t’es-tu engagé si tôt dans la bio ? D’où te vient cette conviction ?

J’ai grandi dans une campagne que le remembrement a fortement dégradée. J’ai vu de belles forêts remplacées par des monocultures de pins, des cours d’eau déviés et leur population de poissons disparaître, des haies et des bosquets arrachés. J’ai vu les produits chimiques polluer les nappes et l’air et rendre les paysans malades. Tout cela m’a touché dans ma chair. 

J’ai aussi compris qu’avec des grosses machines et des produits chimiques puissants on pouvait faire de grosses bêtises et causer de gros dégâts. C’est comme avec le nucléaire : on joue aux apprentis sorciers avec des outils que nous ne maitrisons pas complètement.

Aujourd’hui on parle beaucoup d’écoanxiété. Et bien moi j’ai ressenti très jeune ce genre d’émotions. Quand j’ai rencontré les paysans pionniers du bio, à la fin des années 70, je me suis alors senti moins seul. 

Ce qui m’a attiré dans l’agriculture biologique, c’est l’envie d’utiliser les forces de la nature pour produire sans abuser, sans détruire, sans polluer. Pour moi, tout ce qui est vivant est important. On doit prélever pour vivre, mais on peut le faire raisonnablement, avec respect. Le bio s’inscrit dans une recherche de moyens de produire sans saccager. 

Ca nécessite d’approfondir sans cesse la connaissance et la compréhension du monde vivant, de sa complexité, de ses équilibres. La vie des sols, les interactions entre végétaux et animaux, la biologie végétale sont des sujets passionnants.

En résumé, le Bio, c’est le respect du vivant. Pour cela, on interdit les produits chimiques de synthèse (engrais, traitements, ..)  et les pratiques contre-nature comme les OGM et les cultures hors-sols.

Pourquoi es-tu engagé dans plusieurs AMAP ?

On a été démarché très tôt par des AMAP, dès 2003. Forcément, après mon expérience de jardin associatif près de Lyon, l’idée m’a plu. J’ai vu ça comme un choix politique : s’engager dans un projet avec des consommateurs qui veulent prendre en charge leur alimentation, s’intéresser à ce qu’il mettent dans leur assiette. J’ai eu très envie de me lancer dans l’aventure malgré des hésitations au début : je devais abandonner des marchés qui fonctionnaient et j’avais peur que cet engouement pour les AMAP ne soit qu’un feu de paille. Mais on l’a fait et aujourd’hui c’est une part essentielle de Bio Chemins.

Explique-nous ce que ça change, pour une ferme comme Bio Chemins, l’engagement dans des AMAP.

Le gros intérêt pour nous, c’est l’engagement des adhérents. Ca nous donne une visibilité incroyable. On peut planifier les cultures au plus juste, anticiper une grosse part de notre chiffre d’affaires. 

Ca sécurise beaucoup, et ça nous permet donc de sécuriser des emplois : on a eu jusqu’à 3 salariés en CDI à l’année, ce qui est beaucoup pour une petite exploitation comme Bio Chemins.

Ensuite, c’est moins fatiguant qu’un marché. Ca dure moins longtemps, c’est plus régulier, il n’y a pas d’aléa météo. Bref, ça apporte beaucoup de confort dans un métier où le confort est rare… Et ça nous permet de nous focaliser sur le cœur de notre métier : la production. 

Avec les AMAP, on est moins stressé par la commercialisation, donc plus concentré sur la production. Au passage, on règle aussi le problème des pertes en cas de surproduction. 

Quand on revient d’un marché on a toujours des invendus. Avec les AMAP, si on produit trop, on met tout dans les paniers et les adhérents sont contents !

Enfin, la relation avec les consommateurs est très enrichissante. Quand on est producteur, c’est très motivant de savoir pour qui on produit.

Quelle est, de ton point de vue, la particularité de Bio’Gustin ?

Du fait que la distribution est le vendredi, c’est toujours moi qui m’en occupe. Les salariés de Bio Chemins vont plutôt faire les distributions en semaine. Je connais donc bien les adhérents. 

C’est pourquoi je viens avec beaucoup de plaisir. Et puis l’ambiance est bonne, l’asso est dynamique. Ca fait plus de 11 ans que je viens tous les vendredis et j’en suis ravi !

Il paraît qu’un maraicher, ça travaille dur. Décris-nous une semaine type.

Je travaille 7 jours sur 7. Le mercredi après-midi, je prends du temps pour mon autre passion : la peinture. Je donne des cours à des enfants puis je participe à l’atelier des adultes.

Les journées sont assez chargées. Le réveil est vers 6h du matin. A la ferme je m’occupe surtout de la préparation des planches avec le tracteur, du binage (NDLR : désherbage mécanique, avec un outil qui racle la terre en surface. Il n’y a pas de désherbant en agriculture biologique) et de l’irrigation. Les salariés s’occupent surtout des plantations et de semis, des récoltes et du conditionnement.

Après le déjeuner, je m’offre une sieste. L’après midi je retourne au champ. En saison haute, je peux terminer tard le soir.

Le samedi matin, je tiens le petit marché à la ferme. Le dimanche, c’est le gros marché des Chartrons, à Bordeaux. Le réveil sonne encore plus tôt, et je rentre à la ferme vers 15 h, bien fatigué. Je me repose le dimanche après-midi.

Pas de vacances ?

2 semaines pour les fêtes de fin d’année. J’en profite pour peindre, pour bricoler.

Une petite question d’actualité pour finir : les pluies diluviennes de ces dernières semaines créent-elles des dégâts dans les champs ? Doit-on s’inquiéter pour nos futurs paniers de légumes ?

Non, pas vraiment. D’abord, ça tombe à une époque où on cultive essentiellement dans les serres, donc à l’abri de la pluie. Nos sols sont très sableux, donc très filtrants. On peut donc travailler dans des conditions presque normales. 

Le seul problème, c’est qu’on n’a pas pu nettoyer les planches des cultures d’automne, mais rien de grave. Comme je dis toujours, une mauvaise météo c’est une météo qui dure trop longtemps. 

C’est normal d’avoir beaucoup de pluie en automne, si ça se calme dans les semaines qui viennent alors ça n’aura pas de conséquence sur notre production de légumes.

Vincent Aimé de la Ferme brasserie Moustous

Vincent et Lucie

Chers adhérents et producteurs de Bio’Gustin,

Je suis Hervé, adhérent de la première heure, ancien administrateur et aujourd’hui producteur de notre Amap . Ce message est le premier d’une longue série. 

Son ambition est de vous amener à la rencontre de vos producteurs et de vous donner des nouvelles du terrain. 

Parce que je suis convaincu qu’être engagé dans une Amap c’est bien plus que d’avoir accès à des produits locaux : c’est aussi avoir la chance de côtoyer des producteurs engagés, courageux, qui bravent les difficultés (aléas climatiques, obstacles administratifs,  inflation, …) pour vous proposer des produits dont ils sont fiers, en accord avec leurs convictions.

Cette série d’interviews commence avec la Ferme Brasserie Moustous. J’ai passé un peu moins d’une heure au téléphone avec Vincent Aimé, et je suis impressionné de ce que j’ai appris. En voici une synthèse. 

Bonne lecture.

Vincent et Lucie se sont installés en 2012 dans le Sud Gironde, près de Bazas. Las de leurs jobs respectifs, ils décident de se reconvertir dans l’agriculture et de créer la ferme de leurs rêves. 

D’abord artisans brasseurs, leur bière rencontre rapidement du succès. Ils plantent alors en 2015 une houblonnière (de 2000 m2), un verger diversifié (pommes, poires, prunes, cerises, abricots, etc. sur 1,5 ha), des petits fruits (fraises, framboises, cassis sur 2000m2) et des aromates (verveine, basilic, etc.). 

Mais ils veulent aller bien plus loin encore en produisant eux-mêmes les céréales nécessaires à la fabrication de la bière. 

Les écueils sont nombreux, mais leur détermination leur permet de devenir en 2020 des fermiers de Terre de Liens, sur une parcelle céréalière de 16,5 ha. 

Nos brasseurs vont beaucoup plus loin

Les voici paysans brasseurs ! Aujourd’hui, ils produisent en autonomie 97 % de la matière première nécessaire à la fabrication de leur bière. Et ça, c’est exceptionnel !

Comme vous le savez sûrement, leur bière est certifiée Agriculture Biologique. C’est la preuve qu’ils respectent un cahier des charges exigeant, tant pour la production de céréales que dans la brasserie. 

Mais accrochez-vous bien, nos paysans brasseurs vont beaucoup plus loin :

chaque année ils ne sèment qu’un quart de leur parcelle céréalière en orge et en blé. Les trois autres quarts reçoivent des cultures de féverole et de tournesol pour enrichir naturellement le sol et baisser la pression parasitaire. 

Après récolte, les pailles sont incorporées au sol pour augmenter encore les quantités de matière organique et ainsi nourrir la vie du sol. Le travail du sol est réduit à 1 labour tous les 8 ans seulement. Le désherbage est mécanique et superficiel. Bref, la préservation de la vie du sol est à l’honneur. 

Champ d’orge
Champ de févérole

Grâce à cela, les cultures de céréales se font sans aucun intrant : pas de fumure, pas de traitement, pas de chaulage. Des graines, de la terre, et de l’eau…

La ferme fait partie du collectif Mètis du Réseau Semences Paysannes.

« Ces collectifs inventent de nouveaux systèmes semenciers, source de biodiversité cultivée et d’autonomie, face au monopole de l’industrie sur les semences et à ses OGM brevetés. »

Ils refusent de creuser un forage pour pomper l’eau des nappes pour l’irrigation.

La ferme accueille trois vaches qui se nourrissent des déchets de la brasserie alors qu’une station de phytoépuration en purifie les eaux usées.

Les cuves et le matériel sont lavées à la vapeur, évitant ainsi l’usage de détergents.

Les bouteilles usagées rapportées par les clients (sans les étiquettes svp !) sont lavées et réutilisées, même si cela demande plus de travail et ne permet pas vraiment de réaliser d’économies.

Mais ce n’est pas tout : le label AB n’étant pas assez exigeant à leur goût, surtout pour la brasserie, ils ont fait la démarche d’y ajouter le label Nature & Progrès. Ainsi, ils refusent de nombreuses pratiques autorisées en bio comme la gazéification artificielle par injection de gaz carbonique, l’utilisation d’agents de clarification ou de mousse, le nourrissement des levures avec des additifs. 

En bref, ils privilégient les méthodes naturelles et traditionnelles et refusent autant que possible de nombreuses solutions techniques qui pourraient dénaturer leur produit.

Vincent et Lucie illustrent bien qu’une Amap n’est pas qu’un moyen de consommer local et direct producteur. C’est surtout le meilleur moyen de soutenir des producteurs hors normes, qui vont au-delà des réglementations et des cahiers des charges, qui prennent des risques et qui proposent des produits dont ils peuvent être fiers ! 

Bien plus que bio

Qu’y a-t-il de commun entre leur bière et une bière bio achetée dans votre épicerie préférée ? Saviez-vous que le cahier des charges du bio autorise d’acheter du houblon non bio ? regardez bien les étiquettes et vous en trouverez certainement où le houblon, dans la liste des ingrédients, n’est pas suivi du « * » rapportant à la mention « produits issus de l’agriculture biologique ».

Peut-être qu’après avoir lu ces quelques lignes, vous ne verrez plus la bière Moustous comme une bière bio, mais comme VOTRE bière « bien plus que bio » ! 

Peut-être que vous aurez envie de la faire goûter à vos porches et de leur raconter l’histoire de ces paysans brasseurs assez fous pour résister à l’industrialisation tout venant et à ses économies d’échelle.

Et peut-être aussi que vous aurez envie d’en savoir plus sur leur ferme et sur les projets en cours (le bistrot à la ferme en cours de construction, les formations de Lucie à la vannerie, aux teintures, aux impressions végétales). 

Vous pouvez jeter un œil aux réseaux sociaux ou à leur catalogue , mais personnellement je vous conseille surtout de profiter de la chance que vous avez de rencontrer Vincent lors de sa distribution mensuelle. 

Ça tombe bien, la prochaine date est le 24 novembre ! N’oubliez-pas d’apporter votre verre, il pourrait y avoir de la bière à déguster…